Cet article a été mis à jour le 19 août 2026.
En France, le ministère de la Santé, l’ANSM et le Conseil français de réanimation cardiopulmonaire (CFRC) encouragent l’utilisation du défibrillateur automatisé externe (DAE) par le grand public en cas d’arrêt cardiaque. Depuis le décret de 2007 et la loi de 2018, toute personne, même sans formation médicale, est autorisée à s’en servir. Une question revient pourtant souvent : que faire si la victime porte un dispositif implanté, comme un pacemaker ou un défibrillateur automatique implantable (DAI) ?
Qu’est-ce qu’un pacemaker et à quoi sert-il pour le rythme cardiaque ?
Le pacemaker (ou stimulateur cardiaque) est un petit boîtier implanté sous la peau, le plus souvent sous la clavicule gauche, relié au cœur par une ou deux sondes. Son rôle : envoyer de légères impulsions électriques internes pour corriger un rythme cardiaque trop lent ou irrégulier, on parle de bradycardie. Il ne délivre pas de choc fort : sa fonction est de réguler en continu, pas d’intervenir en urgence.
C’est un point essentiel pour la suite : un pacemaker classique ne protège pas contre un arrêt cardiaque provoqué par une fibrillation ventriculaire, le trouble du rythme le plus souvent en cause. Pour cela, il faut un appareil capable de délivrer un choc, autrement dit, un défibrillateur.
À quoi sert un défibrillateur cardiaque implantable (DAI) ?
Le défibrillateur automatique implantable (DAI) ressemble, de l’extérieur, à un pacemaker, et en remplit d’ailleurs la fonction de base en régulant les troubles du rythme. Mais il ajoute une capacité réservée aux patients identifiés comme à risque : celle de délivrer, si nécessaire, un choc interne puissant pour interrompre une fibrillation ventriculaire ou un arrêt cardiaque soudain. Certains modèles dits « de resynchronisation » comportent jusqu’à trois sondes pour harmoniser la contraction des différentes cavités du cœur.
Différence entre pacemaker et défibrillateur automatique implantable
Vous l’aurez compris :
- Le pacemaker corrige un rythme trop lent, en continu, mais ne peut rien faire face à un arrêt cardiaque.
- Le DAI fait tout ce que fait un pacemaker, et peut en plus délivrer un choc interne pour arrêter une fibrillation ventriculaire.
Dans les deux cas, l’appareil agit de l’intérieur, en continu ou au moment opportun. Le défibrillateur automatisé externe (DAE), lui, agit de l’extérieur, ponctuellement, lorsqu’un témoin doit intervenir en urgence. C’est toute la question de cet article : ces deux mondes sont-ils compatibles ?
Est-il possible d’utiliser un défibrillateur externe avec un pacemaker ?
La réponse est oui, sans hésitation. En cas d’arrêt cardiaque, la défibrillation externe reste indiquée, même chez une personne porteuse d’un pacemaker ou d’un DAI. Il s’agit d’une urgence vitale : selon le Conseil Français de Réanimation Cardiopulmonaire (CFRC) et le ministère de la Santé, la priorité absolue est de sauver la vie, même s’il existe un dispositif implanté.
Les pacemakers et DAI actuels sont conçus pour résister à un choc externe. Le DAE, de son côté, analyse d’abord le rythme cardiaque et ne délivre un choc que si celui-ci est réellement nécessaire. Le risque d’endommager le dispositif implanté est très faible, alors que renoncer à défibriller entraînerait presque toujours le décès de la victime.
Placement des électrodes et détection du stimulateur cardiaque par le DAE
Le DAE lui-même ne doit pas « détecter » le pacemaker : c’est au sauveteur d’y penser. Un boîtier de pacemaker ou de DAI forme une légère bosse, généralement visible ou palpable sous la clavicule. La seule précaution à prendre concerne le placement des électrodes : chaque électrode doit être positionnée entre 5 à 7 cm de l’implant, jamais directement dessus.
En pratique : l’électrode supérieure se place sur le haut du thorax droit, comme d’habitude ; si le boîtier se trouve sous la clavicule gauche, il suffit de décaler l’électrode gauche de quelques centimètres pour respecter cette distance. Ce n’est pas une contre-indication à la défibrillation, seulement un ajustement technique pour éviter que le champ électrique du choc ne perturbe le fonctionnement de l’implant.
Utilisation d’un DAE sur un porteur de pile cardiaque
« Pile cardiaque » est en fait le terme familier pour désigner le pacemaker. Il s’agit du même appareil, donc de la même réponse : un défibrillateur peut et doit être utilisé sans hésiter, en respectant simplement la distance de sécurité indiquée ci-dessus. Une fois la victime réanimée, le pacemaker ou le DAI devra être contrôlé par un cardiologue, pour vérifier que ses réglages n’ont pas été affectés par le choc.
Peut-on mourir ou faire un arrêt cardiaque avec un pacemaker ?
Oui, et c’est une confusion fréquente. Un pacemaker classique ne traite que les rythmes trop lents, il ne peut ni prévenir ni interrompre une fibrillation ventriculaire, la cause la plus fréquente d’arrêt cardiaque soudain. Porter un pacemaker n’immunise donc pas contre un arrêt cardiaque : c’est précisément pour les patients jugés à risque de ce type d’événement qu’un DAI, capable de défibriller, est proposé plutôt qu’un simple pacemaker.
Peut-on faire un massage cardiaque avec un pacemaker en cas d’urgence ?
Évidemment, la présence d’un pacemaker ou d’un DAI ne doit jamais retarder ni interrompre un massage cardiaque. Le boîtier étant généralement implanté sous la clavicule, il ne se trouve pas sur la zone de compression, au centre du thorax. Si un DAI venait à délivrer un choc interne pendant la réanimation, le sauveteur ne risque rien : il pourrait au maximum ressentir un léger picotement.
Hospitalisation et convalescence après la pose d’un pacemaker
La pose d’un pacemaker se fait sous anesthésie locale et reste une intervention relativement brève. L’hospitalisation est généralement courte, de l’ordre de un à trois jours, le temps d’une surveillance post-opératoire.
Le premier mois suivant l’intervention, quelques précautions sont recommandées : éviter de lever le bras du côté opéré au-dessus du niveau de l’épaule, ne pas porter de charges lourdes ni effectuer de mouvements brusques ou répétés de cette épaule, et protéger la cicatrice du soleil pendant la première année. La reprise de la conduite automobile est généralement autorisée après deux à quatre semaines, selon votre récupération et l’avis de votre cardiologue.
Un premier contrôle du dispositif est ensuite programmé dans le mois ou les trois mois qui suivent, puis un suivi au moins annuel prend le relais, en consultation ou par télésurveillance.
Quels sont les interdits, effets secondaires et complications d’un défibrillateur implantable ?
Comme pour toute intervention chirurgicale, la pose d’un DAI comporte des risques, fort heureusement rares : réaction à l’anesthésie, infection, hématome local ou pneumothorax lors de l’implantation.
À long terme, la complication la plus fréquemment rapportée reste le choc inapproprié . Il s’agit d’une décharge électrique délivrée alors qu’aucun trouble du rythme grave n’est présent. Ce problème survient généralement lorsque l’appareil se trompe et confond un simple parasite électrique, ou une accélération bénigne du cœur, avec un arrêt cardiaque imminent. La sensation est alors décrite comme un coup ou un sursaut violent dans la poitrine, parfois douloureux. En pratique, la conduite à tenir dépend de la situation :
- un choc isolé, sans autre symptôme, nécessite simplement de contacter rapidement votre centre de suivi.
- plusieurs chocs rapprochés en l’espace de 24 heures constituent une urgence médicale absolue et imposent une évaluation immédiate.
Bon à savoir : non, on ne « fait pas exploser » un pacemaker avec un DAE. Les pacemakers et défibrillateurs implantables modernes sont protégés contre les interférences électriques. Les rares incidents recensés concernent surtout d’anciens modèles ou des électrodes mal placées directement sur le boîtier. Les études cliniques (notamment PubMed, Heart Rhythm, 2018) concluent que, avec un positionnement correct des électrodes du DAE, il n’y a ni dommage au dispositif ni risque pour le patient.